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Être orphelin au Maroc : entre protection et dérive sociale

               Au Maroc, être orphelin, c’est souvent naître ou grandir dans une double peine : celle de la perte (ou de l’abandon) et celle du regard social. Ces enfants, dont la vie commence dans la fragilité, portent dès leurs premiers jours le poids d’un destin que la société peine encore à réparer.

  1. Les deux visages de l’orphelinat : orphelins de naissance et orphelins de la vie

Il faut distinguer deux réalités :

*-* Les orphelins de naissance, souvent appelés “enfants abandonnés” ou “enfants trouvés”, sont ceux que leurs mères ont laissés à la naissance, parfois dans des conditions dramatiques. Leurs dossiers sont souvent classés “inconnus” ou “sans filiation”, ce qui les prive de repères identitaires et juridiques solides.

*-* Les orphelins par circonstances de la vie (perte d’un ou deux parents, situation de précarité extrême, familles éclatées, violences ou abandons parentaux). Ceux-là sont souvent confiés temporairement à des institutions ou à des associations, avec l’espoir d’un retour à la stabilité familiale.

Dans les deux cas, l’enfant se retrouve dans un système de protection où les moyens, bien que sincères, demeurent limités face à l’ampleur du besoin d’amour, de repères et de suivi.

  1. La scolarité : un droit souvent menacé

Les orphelinats marocains, qu’ils soient publics, confessionnels ou associatifs, s’efforcent d’assurer une scolarisation normale aux enfants. Certains établissements collaborent avec des écoles publiques ou disposent de classes internes. Mais la réalité est dure : le taux d’abandon scolaire reste élevé chez les orphelins, surtout à l’adolescence.

Le manque de soutien individualisé, les traumatismes émotionnels et le sentiment d’exclusion sociale mènent souvent à un décrochage précoce.

Certains jeunes réussissent à se battre pour décrocher un diplôme, parfois même universitaire, mais ils restent l’exception. Beaucoup sortent du système scolaire avec un niveau insuffisant pour affronter un marché du travail compétitif.

  1. L’adoption : un parcours semé d’obstacles

Au Maroc, l’adoption au sens occidental du terme n’existe pas. Le pays applique la kafala, une forme de tutelle légale sans rupture du lien d’origine.

Cette différence juridique, liée à la charia, fait que l’enfant “kafilé” (pris en charge) n’a pas les mêmes droits qu’un enfant biologique : il ne peut hériter automatiquement, porter le nom du tuteur, ni être considéré comme son enfant au sens complet.

Si certaines familles offrent un vrai foyer aimant, d’autres, hélas, se limitent à la prise en charge matérielle. Les contrôles étatiques restent inégaux, et le risque de négligence, voire d’exploitation, persiste.

  1. L’après-scolarité : un vide abyssal

Le moment le plus tragique de la vie d’un orphelin au Maroc, c’est souvent le jour de ses 18 ans. Légalement majeur, il doit quitter l’orphelinat, mais où aller ? Vers qui ? Avec quoi ?

Ainsi, beaucoup se retrouvent livrés à eux-mêmes, sans repères ni soutien, vulnérables à la marginalité, à la délinquance, ou simplement à la misère. C’est une rupture brutale, inhumaine, car on ne devient pas autonome du jour au lendemain, surtout lorsqu’on n’a jamais eu de famille pour apprendre à vivre.

  1. “Quitter à 18 ans” : un rejet silencieux

Obliger un jeune à sortir de l’orphelinat à 18 ans, c’est lui dire symboliquement : “Tu n’as plus ta place ici, débrouille-toi”.

C’est une dérive morale autant qu’un échec collectif car cet âge n’est pas celui de la maturité réelle, encore moins de la stabilité émotionnelle ou économique.

Ces jeunes ont besoin d’un programme d’insertion progressif, Sans cela, on transforme l’orphelinat, censé être un refuge, en tremplin vers l’abandon définitif.

  1. Vers une société plus juste et plus humaine

Le Maroc a fait des avancées : certaines associations font un travail admirable. Mais elles ne peuvent pas tout.

Une réforme nationale est nécessaire  accompagnée d’un cadre juridique clair pour la protection des jeunes majeurs sortant des institutions.

Le rejeter à 18 ans, c’est lui dire : “ta vie vaut moins que celle des autres”.

Le soutenir, c’est au contraire donner un sens à notre humanité collective.

Être orphelin au Maroc, c’est naître sans famille mais avec un immense besoin d’appartenance. Ces jeunes n’ont pas choisi leur destin. Ils ne demandent pas la charité, mais une chance équitable.

Car chaque orphelin abandonné à la rue, c’est une promesse sociale trahie, et un citoyen perdu avant même d’avoir vécu.

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